La meilleure façon d’éviter les loyers impayés et les conflits, c’est de bien choisir votre locataire dès le départ. Une fois le bail signé, vos options se réduisent considérablement : au Québec, on ne se débarrasse pas d’un mauvais locataire d’un claquement de doigts. La sélection est donc votre véritable filet de sécurité — bien plus efficace qu’une intervention après coup.
Mais en 2026, sélectionner un locataire est un exercice d’équilibre. Vous avez le droit de vérifier la solvabilité et le sérieux d’un candidat, sans pour autant franchir les limites fixées par la loi sur la discrimination et la protection des renseignements personnels. Chez Frederic Murray Property Management, gérer plus de 200 unités nous a appris où se situe précisément cette ligne. Voici comment sélectionner sans vous exposer.
Pourquoi la sélection du locataire est votre meilleure protection
Un bon processus de sélection réduit presque tous les risques de la gestion locative : retards de paiement, dommages, conflits, départs précipités. Chaque problème évité en amont vous épargne des mois de démarches en aval.
C’est particulièrement vrai au Québec, où le cadre protège fortement les locataires une fois le bail conclu. Récupérer un loyer impayé ou mettre fin à un bail problématique passe par le Tribunal administratif du logement, un processus long et coûteux. Notre guide sur la gestion des loyers impayés le montre bien : mieux vaut prévenir à la sélection que guérir au tribunal.
Les vérifications que vous pouvez faire
Vous avez le droit de recueillir l’information raisonnablement nécessaire pour évaluer un candidat. L’objectif est de confirmer qu’il peut payer le loyer et qu’il a un historique de location fiable.
Vous pouvez généralement demander :
- les coordonnées et l’adresse actuelle du candidat;
- des références d’anciens propriétaires;
- une preuve de revenu ou d’emploi raisonnable;
- son consentement pour une enquête de crédit.
L’enquête de crédit est permise, à condition d’obtenir le consentement écrit du candidat. Les références d’anciens propriétaires sont souvent les plus révélatrices : un locataire qui payait à temps et entretenait bien son logement le refera probablement chez vous.

Ce qu’un propriétaire ne peut pas exiger ou demander
La loi québécoise interdit de refuser un locataire pour des motifs discriminatoires. C’est la limite la plus importante à connaître, et celle qui expose le plus les propriétaires à des plaintes.
La Charte des droits et libertés de la personne interdit la discrimination fondée notamment sur :
- la race, la couleur, l’origine ethnique ou nationale;
- le sexe, l’identité de genre, la grossesse, l’orientation sexuelle;
- l’état civil, dont le fait d’avoir des enfants;
- l’âge, la religion, la langue, les convictions politiques;
- la condition sociale, comme le fait de recevoir de l’aide sociale;
- le handicap.
Refuser un candidat pour l’un de ces motifs est illégal, même de façon indirecte. Vous ne pouvez pas, par exemple, écarter une famille « parce que l’immeuble n’est pas pour les enfants ». En cas de doute, la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ) encadre ces questions.
Côté renseignements personnels, évitez d’exiger le numéro d’assurance sociale : il n’est pas nécessaire pour louer, et le réclamer soulève des enjeux de protection des données. Et rappelez-vous qu’au Québec, vous ne pouvez pas exiger de dépôt de garantie comme condition de location.
Comment vérifier sans enfreindre la loi
La clé est de ne recueillir que l’information nécessaire, avec consentement, et de l’utiliser uniquement pour évaluer la capacité de payer et l’historique locatif. En 2026, les règles de protection des renseignements personnels sont strictes, et la collecte excessive vous expose.
Quelques bonnes pratiques :
- Demandez le consentement écrit avant toute enquête de crédit.
- Limitez les renseignements recueillis à ceux qui sont vraiment utiles.
- Conservez les dossiers en sécurité et détruisez ceux des candidats non retenus.
- Justifiez vos décisions par des critères financiers et locatifs, jamais personnels.
Cette rigueur protège vos candidats, mais elle vous protège aussi : un processus documenté et cohérent est votre meilleure défense si une décision est contestée.

Les drapeaux rouges chez un candidat-locataire
Certains signaux méritent une attention particulière — non pas pour discriminer, mais pour valider la fiabilité financière et locative du candidat. Ces drapeaux portent sur le comportement et l’historique, jamais sur l’identité.
Restez vigilant devant :
- un refus de fournir des références vérifiables;
- des incohérences entre les informations données et les documents;
- un historique de crédit révélant des défauts de paiement répétés;
- une pression pour signer vite sans vérification;
- un revenu nettement insuffisant par rapport au loyer.
Aucun de ces éléments ne se rapporte à un motif protégé : ils touchent la capacité de payer et le sérieux, ce que vous avez parfaitement le droit d’évaluer. C’est la différence entre une sélection rigoureuse et une sélection discriminatoire.
Bâtir un processus de sélection équitable et cohérent
Le meilleur moyen d’éviter les ennuis est d’appliquer les mêmes critères à tous les candidats. Un processus uniforme protège à la fois vos intérêts et les droits des candidats, et il résiste bien mieux à toute contestation.
Pour structurer votre sélection :
- Définissez vos critères à l’avance : revenu minimal, références, historique de paiement.
- Utilisez le même formulaire et les mêmes questions pour chaque candidat.
- Évaluez objectivement, sur la base des critères établis.
- Documentez chaque décision, en conservant une trace des motifs financiers ou locatifs.

Un processus cohérent ne fait pas que vous protéger légalement : il améliore la qualité de vos locataires, et donc la stabilité de vos revenus. C’est d’ailleurs un avantage majeur de la gestion professionnelle, comme l’explique notre article sur la réduction du roulement des locataires. Et si tout ce processus vous semble lourd, c’est aussi un facteur à peser dans la décision de gérer soi-même ou d’engager un gestionnaire.

